L'histoire cathare du Languedoc

ruines du château

Lors de vos balades dans les jolis villages et les paysages idylliques du Languedoc, vous aurez du mal à imaginer ô combien son passé fût horrible et ensanglanté.

La région Languedoc-Roussillon est pour ainsi dire trempée d'histoire et un seul article ne propose bien entendu pas assez d'espace pour en donner une vue intégrale. Mais il y a une période historique qui a laissé des cicatrises dans le paysage et qui est bien relayée dans les livres d'histoire car elle était particulièrement brutale. Collines fortifiées, châteaux forts, villages et villes sont aujourd'hui encore les véritables témoins de cette période troublée. Comme bien souvent dans l'histoire, des querelles religieuses et une scission nord-sud furent à l'origine du conflit.

En haut Moyen Age, du XXIIe au XIVe siècle environ, florissait dans certaines régions de l'Europe du Sud et tout particulièrement dans le Sud de la France une religion nommée le Catharisme (du mot grec catharsis qui signifie 'pureté'). En cette époque on appelait communément 'Languedoc' la moitié sud du pays, en désignant ainsi les régions où l'on ne parlait pas le Français, mais un mélange de langues françaises et hispaniques connu sous le nom de 'langues d'oc' ou encore l'Occitan. La majorité des populations de cette région étaient des Cathares, soutenant des valeurs comme l'égalité, le bon voisinage et la charité, en tournant le dos au train de vie pompeux et hiérarchique, avide de richesses séculaires de l'Eglise Catholique de l'époque et de ses plus riches représentants qui étaient devenus des véritables cibles de dérision, prêchant la pauvreté parés de leurs joailleries et leurs vêtements prestigieux.

Aussi les Cathares refusaient-ils de donner la mort. Leur alimentation était végétarienne, ils refusaient de manger de la viande ou d'autres produits animaliers. Ils refusaient également la guerre et la peine de mort et leur religion leur interdisait strictement le mensonge et les serments. Ceci était un fort point de discorde avec l'Eglise Catholique qui pensait que le système féodal (basant sur le serment) était de l'ordre naturel voulu par Dieu.

Les Cathares croyaient en la réincarnation. Ils pensaient p.ex. qu'un homme puisse être réincarné dans le corps d'une femme et inversement. Forts de cette croyance les Cathares considéraient les femmes comme étant capables d'être des guides spirituels, ce qui une fois de plus minait le concept catholique de l'infériorité spirituelle et morale de la femme.

On comprend facilement qu'avec ces positions, les Cathares étaient considérés comme un défi directement lancé à l'Eglise Catholique qui dénonçait ces pratiques et fustigeait le Catharisme d' "Eglise de Satan" et d'hérésie.

Les Cathares se servaient de leur croyance pour pouvoir ainsi faire valoir leur différence et leur indépendance culturelle vis-à-vis des grands pouvoirs qui dominaient l'Europe de l'époque: L'Eglise Catholique Romaine et les Rois de France. Ainsi, les Cathares refusaient de s'acquitter des décimes.

Au début du XIIIe siècle, les Cathares tenaient un rôle important dans le Sud de la France. C'est à cette époque que le Pape Innocent III prend les rênes de l'Eglise Catholique. Dès le début de son mandat, il tente d'en finir avec le Catharisme en déployant dans la région des missionnaires afin de convaincre les autorités locales d'agir contre les Cathares. Mais en 1208, après l'assassinat d'un missionnaire papal, le Pape abandonne la voie "douce" de sa reconversion et initie sa fameuse croisade albigeoise (les catholiques nommaient les renégates 'Albigeois' et non pas 'Cathares') qui a fait rage pendant 20 ans et qui a vu d'innombrables Cathares massacrés ou convertis au Catholicisme par la force.

Un décret pontifical permettant la confiscation des terres des Cathares motivait bon nombre de nobles du Nord de la France de mettre le cap sur le Sud.

Le premier chef désigné par le Pape Innocent III pour diriger son armée sainte fût l'abbé cistercien Arnaud Amaury. La première grande confrontation de cette guerre eut lieu à Béziers pendant le siège du 22 Juillet 1209. Vu que des habitants catholiques étaient restés dans la ville l'Abbé Amaury répondait à la question comment il fallait faire pour distinguer les Cathares des Catholiques : "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ". Les portes des églises et cathédrales ont été défoncées, les réfugiés y ayant trouvé de l'abri sortis de force et abattus. Dans toute la ville on comptait par milliers les personnes massacrées. On aveuglait les prisonniers, les attachait derrière des chevaux et les utilisait de cible pour les exercices de tir. La ville fût brûlée. Le nombre de Biterrois avant la guerre était de 5 000, mais avec tous les réfugiés elle comptait plus de 20 000 au début des événements. Ils ont tous été tués, sans considération de leur état, âge, sexe ou appartenance religieuse.

Pendant cette période de la croisade albigeoise que l'on décrit souvent comme étant le premier génocide dans l'histoire européenne, de nombreux châteaux forts et autres sites fortifiés ont servi de forteresses aux Cathares assiégés et bon nombre parmi ces sites furent témoins d'atroces massacres.

Château cathare

Le second chef de guerre du Pape fût Simon de Montfort dont le plus grand triomphe fût la victoire au Muret, son armée étant largement supérieure en nombre. Ce fût le début du Royaume unifié de France et du pays comme nous le connaissons aujourd'hui.

Finalement, la majeure partie de la région était reconquise. En 1229 fût signé le traité de Meaux-Paris. Pourtant, quelques irréductibles Cathares se maintinrent durant les 26 ans suivants. L'inquisition catholique fût établie dans la région en 1234 pour effacer les derniers nids de résistance. Elle perdura pratiquement pendant tout le XIVe siècle, écrasant le Catharisme comme mouvement populaire et forçant ses adhérents survivants dans la clandestinité. Les Cathares qui refusaient la conversion au Catholicisme furent pendus ou brûlés sur le bûcher.

Le château de Montségur restait une des dernières forteresses cathares jusqu'en 1244 où elle a finalement été prise, avec à la clé un massacre des 200 Cathares y ayant trouvé refuge, en les brûlant vifs en un énorme bûcher. Le tout dernier refuge, le Château de Peyrepertuse, tomba en 1255.

L'époque qui suivit la guerre était celle où on effarouchait les profanes dans l'exercice de l'enseignement, fustigeait la lecture de la bible par ces derniers de crime capital et leur arrachait les décimes de force. Le Languedoc, jadis une grande culture dans l'Europe médiévale, sombrait dans un déclin économique qui finissait par en faire la région la plus pauvre de France. Sa langue, l'Occitan, entamait sa descente d'une des langues littéraires principales d'Europe vers un dialecte régional, bafoué par les Français de patois.

On estime aujourd'hui que la persécution des Cathares dans le Languedoc a fait 500 000 morts.

Sommet de la colline du château